Jean-Baptiste Ferrero, Mourir en août. Lectures estivales t. 3

Ceux qui, l’été, restent à Paris, doivent avoir de très bonnes raisons. Et Thomas Fiera, ancien psychologue du comportement animal reconverti en détective privé, héros du polar de Jean-Baptiste Ferrero, en a quelques-unes. Et d’irréfutables. Tout d’abord, il a besoin de fric, et le job que lui propose un copain peut très bien faire l’affaire. Ensuite, il n’a plus de vie. Ou presque. Parce que quand on est marié à un cadavre qui refuse obstinément de mourir, on peut finir par croire que cet état-là, ça déteint. Autant donc rester à Paris, au mois d’août. Et si on devait mourir pour de vrai – tant pis !

Le job proposé n’a, d’emblée, rien de très spectaculaire, sauf que l’avertissement préalable de ne pas l’accepter, reçu de la part d’un anonyme et formulé de manière plutôt costaude, intrigue quelque peu notre homme, voire le met au défi d’accepter quand même. Comme il s’agit de débusquer une taupe qui aurait balancé des informations peu agréables à la feuille locale, la question se pose pourquoi quelqu’un prendrait la peine de menacer d’employer les grands moyens pour dissuader Thomas et son équipe de francs-tireurs de se mêler de cette affaire-là. La conclusion s’impose : il y a, quelque part, anguille sous roche. Et comme le danger semble être le seul ressort qui fasse encore bouger Thomas, il accepte.

Le voici, et le lecteur à sa suite, embarqué dans une aventure dont le rythme ira en s’accélérant, jusqu’à la course folle à travers Paris et le showdown final qui verra le déploiement de tout un arsenal digne d’une guerre civile mineure. Avant d’en arriver là, Jean Baptiste Ferrero prend quand même le temps de présenter les membres de l’équipe qui ressemble un peu à l’Agence tous risques, remis quelque peu au goût moderne avec notamment la présence de deux membres féminins : Emmanuelle et Adélaïde, deux universitaires reconverties en mercenaires des temps modernes. Trait qu’elles partagent avec les mâles de l’équipe, Fred et Richard, diplômé du MIT et polytechnicien respectivement. Quant aux filles, celles-ci ne le leur cèdent en rien au niveau intellectuel avec des doctorats en Philosophie pour Manu et un diplôme de linguiste pour Adélaïde, sauf que les femmes sont légèrement plus portées sur l’action que les hommes qui, eux, préfèrent se terrer derrière le clavier de leurs ordinateurs.

Le lecteur est tiraillé entre des parties de plus en plus speed et de plus en plus violentes avec des courses poursuite, des effractions, des combats à main nue et des passages à tabac, et celles qui ralentissent le rythme jusqu’à celui d’un arrêt cardiaque imminent, qui confrontent Thomas et son épouse comateuse. Et ce sont bizarrement ces dernières qui ont vraiment réussi à m’emballer, sans doute en révélant un côté humain et individuel chez Thomas qu’on cherche en vain chez les autres personnages, dont certains ressemblent, malgré « le physique d’une escort girl » dans le cas d’Adélaïde, à des rôles sur pattes, à des clichés déambulant qui manquent cruellement d’un fond de souvenirs et de traits personnels qui les rendraient plus « vrais ». N’empêche qu’on assiste avec plaisir à leurs débats et à la mise en scène de leurs interventions.

Mourir en août, c’est un livre que je recommande de lire sous un palmier, bien au chaud, les narines chatouillées par le vent du large, tandis que d’autres se font chasser à travers le dédale des rues parisiennes ou se font tabasser dans quelque arrière-cour, au milieu des poubelles dont le contenu se met à fermenter dans les nuits chaudes de ce mois d’août parisien. C’est une excursion dans les véritables bas-fonds de la société où se vautrent celles et ceux qui pensent appartenir aux échelons supérieurs de la pyramide nourricière et qui offrent au contraire le spectacle le plus affligeant de l’humanité qui, elle-aussi, se met à puer. Que les nuances, de mise dans une étude sociologique, soient parfois quelque peu malmenées ne peut déranger un lecteur qui demande quelques heures de détente et une intrigue captivante. Et c’est précisément ce que Jean-Baptiste Ferrero a livré.

Je me suis très volontiers laissé emporter par l’équipe des francs-tireurs et leurs tirades, et j’ai fébrilement attendu le dénouement, même si celui-ci n’est pas des plus inattendus. Mais les moments les plus forts ont sans conteste été ceux qui font taire les engueulades et les chocs sinistres des crânes fracassés contre l’asphalte, ceux où la voix du désespoir se fait enfin entendre, dans le silence des couloirs et des chambres d’hôpital, face au lit désert.

Il fait chaud, au mois d’août de Jean-Baptiste Ferrero, mais il y a des endroits, dans cette capitale qui suffoque, où la chaleur la plus étouffante ne peut venir à bout de ce drôle de sentiment d’avoir très froid dans le dos.

Jean-Baptiste Ferrero, Mourir en aoûtJean-Baptiste Ferrero
Mourir en août
Numériklivres
ISBN : 978-2-89717-500-9

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